COMMENT CHOISIR SON MATERIEL DE VOL ?

Jérome Canaud, expert Wingmaster

COMMENT ESSAYER ET CHOISIR UNE NOUVELLE VOILE ?

Essayer une voile est à la portée de n’importe quel pilote quelque soit son niveau. Cela n’est pas réservé seulement à des pilotes expérimentés.

Chaque pilote , en fonction de son expérience, ses attentes a les capacités d’essayer une voile afin de voir si elle lui convient.

  1. Il convient de définir ce que l’on recherche comme voile, en fonction de son niveau réel du moment et de ce que l’on souhaite faire comme type de vol. Il faut être honnête avec soi -même : combien de vol ai-je réalisé ces 12 derniers mois, combien d’heures de vol , et quel type de vols (découverte de sites, durée sur le même site, marche et vol, sites variés, cross, voltige, balistique, waggas, compétition , CFD…). Cela permet d’avoir une vision juste et actuelle de sa pratique. Si on souhaite faire des vols plus performants (durée, cross,…) ce n’est pas le matériel qu’il faut changer mais plutôt sa pratique (se former). Il est rare d’utiliser sa voile à plus de 60% de son potentiel.

    Autre point , si on change de voile , on peut très bien reprendre la même catégorie de voile. Cette catégorie a évolué sur les 3 dernières années en performance et accessibilité. En restant dans une même catégorie plus récente on gagnera en potentiel.

  2. Ce constat va orienter le pilote sur une gamme de voile, souvent basée sur des critères d’homologation EN : A, B, C , D et CCC. Ensuite des critères de 2ème ordre vont apparaitre :

    le poids, le prix, les performances théoriques, le look, l’image, la possibilité d’essayer, la fourchette de poids. Vu le nombre de bonnes voiles sur le marché, un premier tri va se faire rapidement, afin de ne garder que quelques voiles qui correspondent aux critères importants pour soi.

    Le critère d’homologation est l’un des premiers points auquel s’attache le pilote. Il est important mais pas pas le seul. Le plus gros marché et la plus grosse demande correspondent aux voiles homologuées en « B ». Il y a donc une offre très importante et on peut s’y perdre, le choix devient difficile. D’autant plus que l’on trouve des ailes homologuées »B » au comportement plutôt amorties et d’autres, nommées « B+ » plus péchues et plus performantes. Cela est possible car lors des tests en vol pour l’homologation sur les 22 tests si il y a une note en « B » la voile sera homologuée « B » (c’est souvent la fermeture à 75% provoquée avec l’accélérateur à fond) et si les 22 tests sont en « B » la voile sera aussi homologuée »B ». Ce qui change beaucoup le caractère de l’aile. D’où l’intérêt de se renseigner(revendeur, moniteur), lire le rapport de test (accessible sur le net) et faire un essai en vol .

L’essai sur le terrain en pratique :

  • L’idéal est de pouvoir faire quelques gonflages pour se rendre compte du poids de la voile, sa vitesse de montée

  • Ne changer qu’un élément de votre matériel pendant l’essai, gardez la sellette que vous avez l’habitude d’utiliser

  • Essayez l’aile sur un site que vous connaissez, dans une aérologie que vous maitrisez

  • Il est bon de faire un vol en air calme pour avoir une première impression juste , sans être pollué par l’environnement (turbulences, vent, monde,…). Ce vol permettra selon votre expérience de « manipuler » l’aile sur des exercices de pilotage simple (décris ci-après)

  • Cela peut permettre de faire quelques mesures comparatives , soit avec des instruments de vol, soit avec d’autres ailes aux performances et PTV comparables !

  • Le 2éme vol sera effectué dans une aérologie que vous fréquentez habituellement, selon votre expérience , on peut faire de la durée (soaring, thermique), du pilotage (repose au décollage, …), du cross, un marche et vol , changer de site. Ce vol permet au pilote de se mettre dans une situation qui sera proche de l’utilisation de son aile.

Le vol d’essai en détail :

  • Ayez confiance en vos premières sensations, à vosressentis sous la voile . Ils sont justes. Après plusieurs vols on commence à s’adapter au matériel donc il est plus difficile de prendre du recul.

  • Un vol commence par la préparation de l’aile : le démélage (nombre de suspentes, fluidité,..), la découverte des élévateurs (kit oreille par exemple ,couleurs, texture, nombre,…), le tissu (poids, texture, vidage en bout d’aile,…). Liaison voile / sellette, réglage de l’accélérateur. Le gonflage (dos voile, face voile), la prise des commandes. On découvre le poids de l’aile en montée, sa rapidité, la temporisation (fermeté des commandes, débattement)

  • Le vol : visuel complet sur l’intrados de la voile, la répartition des suspentes, repères des suspentes de stabilo, du kit oreille, des élévateurs « B ».

  • Les manœuvres de base accessibles pour tout pilote :Essai de l’accélérateur, mouvements de tangage aux commandes, wings (roulis) , oreilles, inversion de 360° non engagés, posé avec arrondi et ressource. Cela suffit amplement pour se faire une idée et avoir un premier ressenti.

  • Selon le niveau du pilote on peut aller plus loin dans les essais sur ce vol en air calme : régime de vol, débattement aux commandes, wings et tangage avec plus d’amplitude, 360° plus engagés. PUIS vérifier le comportement (vivacité) de l’aile sur une fermeture frontale, asymétrique, descente au « B », phase parachutale aux commandes…

  • Le 2ème vol sera orienté vers la pratique que souhaite le pilote : un marche et vol, durée en soaring ou thermique, performance, découverte de site,…Ce que ressent le pilote pendant ce vol sera suffisant pour voir si cette voile correspond à ce que l’on souhaite. Il ne sera pas nécessaire de faire 5h de vol, 10 vols,…… parce qu’une fois le choix fait le pilote va apprendre à connaitre sa voile sur une 30 aine de vol minimum. La première difficulté sera de « désapprendre » ce qu’il faisait avec son ancienne voile pour accepter la nouvelle .

  • Le vol comparatif : 2 pilotes comparent sur le même vol 2 ailes différentes mais de même catégorie et au même PTV. Cela permet de comparer surtout les finesses à différentes vitesses. Le vol comparatif idéal est de « se tirer la bourre » dans une aérologie turbulente, c’est ce qui est fait pour choisir une aile de compétition. Parcours imposé, la meilleure voile aux niveaux performances sera devant .Le vol aux instruments : les différences de performances dans une même catégorie de voile sont minimes , donc les valeurs données par le vario/GPS ne sera pas d’une grande utilité à mon avis, pour le choix de la voile.

Conclusion :

Chaque pilote va réagir différemment à ce changement, certains n’acceptent pas le changement et ne trouvent jamais la voile qui leur convient car la nouvelle sera toujours différente que celle qu’ils connaissent. D’autres pilotes ont une résistance au changement moins marquée, il faudra un peu de temps pour accepter la nouvelle aile et son comportement, cela dépendra de la facilité à « lâcher » son ancienne voile. D’autres pilotes seront friands de changements et s’adapteront très vite à la nouveauté. Chacun avancera à sa vitesse, il faut juste tenir compte de cette résistance au changement et du poids des habitudes.

Il est préférable de ne pas choisir une voile qu’en fonction de ses performances annoncées mais sur les performances réellement utilisables par le pilote en aérologie turbulente. On parle là bien de l’ensemble aile / pilote et non pas que de la voile. Un pilote utilisant la voile à 80% de son potentiel sera toujours plus performant que le pilote utilisant 30% d’une aile plus performante.

Le pilote qui choisit une nouvelle aile doit le faire sans se mentir sur son niveau du moment (technique, théorique, mental, capacité), il est difficile d’accepter que sa pratique à changer, qu’on vole moins, qu’on ne fait plus les mêmes vols qu’avant. Il faut dans ce contexte aussi tenir compte du regards des autres car on choisit une aile plus facile ( en adéquation avec sa vraie pratique) , et bien entendu du marketing des marques.

Exemples concrets courants : combien de pilotes ont leur accélérateur réglé correctement et combien de ces pilotes l’utilisent réellement ? Combien de pilotes changent pour une aile plus rapide bras haut de 2km/h et ne sont jamais bras haut en ligne droite (même en aérologie turbulente) ?

Il est toujours agréable, motivant, d’avoir une aile à fort potentiel même si on ne l’utilise pas (comme une voiture) , la valorisation de l’égo est aussi bien présente. La difficulté en parapente c’est que plus la performance augmente plus le niveau de pilotage est exigeant et ce n’est pas du tout linéaire (le niveau d’exigence augmente plus vite que la performance de l’aile ). Plus la performance augmente moins l’aile est autodémerdante (homologation A, B, C et D basée sur le coté autodermerdant de la voile suite à des incidents de vol provoqués) et plus l’action du pilote doit être justement dosée !)

Ce n’est définitivement pas comme une voiture.

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